Catéchisme en ligne pour adultes
« La mort est un puissant moteur pour la vie »1. C'est le constat que font les biologistes. En effet il n'est pas possible d'imaginer notre monde avec des bactéries, des plantes, des animaux et des hommes immortels. Car rapidement, le monde ne pourrait donner assez de matière et d'énergie pour soutenir cette vie. Plus grave encore, si les premiers êtres vivants avaient été immortels, ils n'auraient jamais évolué, et ils seraient restés immuablement les mêmes jusqu'à épuisement des ressources nécessaires à leur développement.
Si l’homme est apparu par évolution du vivant, alors il n’échappe pas à cette règle. Pour que l’homme apparaisse il fallait que ses précurseurs soient mortels, et si ses précurseurs étaient mortels, alors l’homme lui-même est mortel. Depuis le début. Le sujet de la mort pose donc problème car les interprétations classiques des textes bibliques expliquent que l’homme immortel est devenu mortel après la « chute » alors que comme nous venons de le résumer très succinctement, la science explique que la mort a toujours existé et qu’elle est même indispensable à la vie. Le problème est donc à la fois théologique et métaphysique2.
En Genèse 3.1-3 Eve s'entretient avec le célèbre serpent parlant. Celui-ci3 fait douter Eve quant à ce que Dieu a interdit4. Mais Eve se souvient bien de la Parole de Dieu : elle cite5 Genèse 2.17 qui comporte une curiosité de langage en hébreu : le verset comporte deux fois le verbe mourir. Ainsi, plusieurs traductions de Genèse 2.17 sont possibles :
… du jour ou tu en mangeras, de mort tu mourras6.
… du jour ou tu en mangeras, tu mourras, tu mourras7.
Rien ne dit ici que la mort est une mort physique. Rien dans les chapitres précédents ne le dit non plus. Ainsi si l’homme mange de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, il devra mourir deux fois. Physiquement d’abord, comme cela est normal, puis spirituellement ce qui n’était pas prévu au programme. La malédiction est avant tout spirituelle, c’est ce que Jésus confirme dans la parabole du fils prodigue (Luc 15.24).
Laissons de coté les multiples leçons que nous pouvons apprendre de ce texte trois fois millénaire pour continuer à nous intéresser au problème de la mort : Genèse 3.19 enseigne que l'homme retournera à l'état de poussière après avoir peiné toute sa vie pour survivre. Le fait de retourner à la poussière n’est pas une malédiction. L’homme était déjà voué à cela. Mais il devra supporter cette contradiction : je dois faire des efforts pour survivre, mais je mourrais quand même. Avoir conscience de sa propre mort est un moyen que Dieu utilise pour nous ramener à lui. Ce n’était pas le but au départ. Mais sans Lui, la vie n’a pas de sens. Ici nous touchons du doigt une vérité biblique : la vie sans Dieu est bien plus difficile à supporter que la vie avec Lui.
Malgré les 3 malédictions prononcées, il faut remarquer que rien ne change par rapport à avant le péché ! Le serpent rampait déjà, la femme enfantait déjà, l’homme cultivait déjà. L’homme et la femme ne sont pas morts comme le prédisait Genèse3.3 ! Ce qui change c’est la compréhension de la vanité de la vie.
Il faut donc arrêter de considérer ce texte comme un simple texte de morale : tu as péchés, tu seras puni8. Dieu veut aller plus loin dans sa création. Il n’a pas seulement pour but de créer la vie biologique. Il a pour but de nous amener à la vie spirituelle, la seule forme de vie qui puisse être éternelle. La création n’est pas terminée, la dernière étape de l’évolution doit encore avoir lieu : créer un homo sapiens sapiens spiritualis ! Il ne s’agit pas de retourner à un état antérieur qui était mieux que celui d’aujourd’hui9 mais d’accéder à quelque chose de nouveau : la vie spirituelle éternelle (1Cor 15).
Dieu a créé l’homme libre. Cette création était une création à haut risque, car elle implique la possibilité du mauvais choix. Les êtres créés capables de spiritualité, c’est à dire capables de vivre avec Dieu pour l’éternité, ont la liberté de choisir leur destin. Le péché intervient comme un obstacle au plan de Dieu : Dieu a créé l’univers, puis, sur une planète (peut-être plusieurs ?) il a permis la formation des êtres vivants à partir de la matière précédemment créée. Cette vie a évolué selon des lois biologiques inventées et orientées par Dieu. Des animaux de plus en plus complexes sont apparus. Jusqu’à l’apparition de l’homo sapiens sapiens, capable de conscience réfléchie10. Ensuite l’évolution de cet homme n’est plus biologique (ou si peu). Cette évolution devient culturelle, sociale et technique. Le dernier niveau d’évolution voulue par Dieu est l’évolution spirituelle. C’est l’ultime marche à franchir pour arriver au but de Dieu. Mais le péché est l’expression de la résistance à cette évolution. Chaque individu que nous sommes a le choix de résister ou de coopérer au plan de Dieu. Chaque individu a le choix d’accepter ou de refuser de recevoir l’Esprit Saint en lui (Matthieu 12.31).
Comme l’enseigneront plus tard Jésus et ses disciples, cela requiert une nouvelle naissance (Jean 3.1-7, 2Corinthiens 5.16-17, Tite 3.5). Il ne s’agit pas d’un retour à un état antérieur : on enseigne trop souvent que la nouvelle naissance équivaut à l’annulation du péché, ce qui permet de revenir à l’état d’Adam avant la chute. Cela est faux. Car Adam n’a reçu de Dieu que la vie biologique, pas l’Esprit Saint. Le péché certes doit être annihilé et extirpé car il est un obstacle à la réception de l’Esprit Saint : un cœur impur ne peut recevoir l’Esprit de pureté. Mais le but ultime de Dieu, après le don de la vie, de l’intelligence, de la pensée, c’est le don du Saint-Esprit que le péché cherche à empêcher par tous les moyens. Mais on ne peut pas parler de chute (la chute est un thème majeur de la théologie gnostique et des théologies polythéistes, il est dérangeant que les chrétiens parlent de chute !). Il faut plutôt parler de prise de conscience, qui implique une progression dans la création. Cette prise de conscience concerne l’humanité entière mais elle concerne aussi chacun d’entre nous au cours de notre vie. Ce texte peut donc se lire selon plusieurs niveaux philosophiques, c’est ce qui lui donne sa puissance.
Dans ce texte on ressent la colère de Dieu. Ce qui met Dieu en colère, c’est que l’on détruise ce qu’il cherche à construire. Rien ne l’exaspère plus. C’est le sens du péché : le péché est une attitude destructrice vis à vis de ce que Dieu construit. Or que cherche-t-il à construire ? Du général au particulier, Dieu crée un univers, une planète, la vie, l’humanité, et en dernier lieu une humanité spirituelle. Celui qui détruit la planète se charge d’un péché. Celui qui détruit la vie se charge d’un péché. Celui qui agit contre l’humanité se charge d’un péché. Celui qui ne cherche pas à construire l’humanité spirituelle (l’Eglise11) se charge d’un péché.
CONCLUSION
Ce texte ne doit donc pas être pris littéralement. Il relate la vérité sur l’homme, sur Dieu et sur leur relation. Il n’est pas absolument obligatoire de croire que l’homme était physiquement immortel aux temps précédant le péché (ce texte n'était peut-être même pas un texte sur les origines de l'humanité !). Mais le péché rend l'homme spirituellement mortel (Colossiens2 :13 / Ephésiens 2 :1). C’est ce que veut signifier l’auteur de ce texte fabuleusement profond, lorsqu’il montre l’homme chassé de l'Eden.
Questions pour méditer :
- Est-ce que j'ai peur de la mort ?
- Est-ce que j'ai peur de la mort spirituelle ? (cf Matthieu 10.28)
- Dans quelle domaine je détruis ce que Dieu a construit ou créé ?
- Est-ce que je résiste à devenir ce que Dieu veut que je sois ?
- Est-ce que je suis "né de nouveau" ?
- Est-ce que je suis conscient des choix que je fais chaque jour
? Ou est-ce que je vis d'heure en heure sans me poser de question en cherchant mon intérêt propre ?
1 H. REEVES ; « Poussières d’étoiles » ; Edition du Seuil, 1984.
2 Pour ceux qui pensent que l'homme n'est pas issu de l'évolution et que son état de mortel est du au péché il leur faut alors relever la contradiction suivante : pourquoi les animaux meurent-ils alors qu'ils n'ont pas péché ?
3 Il faut noter ici que dans la parabole de Genèse 3, c’est le serpent qui symbolise la tentation et qui amène la mort, ce même serpent qui symbolise la santé et la guérison dans les mythologies païennes. Il y a là un choix délibéré de l'auteur.
4 Dans cette scène, l'homme n'est plus là, ni Dieu d'ailleurs.
5 pourtant elle n’était pas là quand Dieu a donné ce commandement
6 Nouvelle Bible Segond, note sur Genèse 2.17
7 H. MESCHONNIC ; « Au commencement ; traduction de la genèse » p 32; Ed Desclée de Brouwer, 2002.
8 Une interprétation pire encore : tu as péché, tu seras puni et ta descendance aussi ! Ce péché va être comme une maladie contagieuse (Romains 5.12), mais pas comme une maladie héréditaire (Ézéchiel 18).
9 Le mythe du retour à l’Un est un thème platonicien cher aux gnostiques qui se sont servis de textes difficiles comme Genèse 3 Jean 1.1-18 et Jean 17 pour détourner nombre de chrétiens du véritable évangile.
10 Dans notre texte de Genèse 3 il s’agit de l’homme a qui l’on donne le choix de manger ou non de l’arbre qui est au milieu du jardin.
11 Matthieu 16.18