Catéchisme en ligne pour adultes
S’intéresser à la structure d'un livre de la bible c'est souvent déjà discerner beaucoup sur l'utilité du livre d'un point de vue spirituel. Car le (ou les) auteur(s) du livre l'ont structuré d'une certaine manière avec des intentions précises, et il nous a été livré (par l'Esprit Saint) d'une manière définitive selon une structure qui n'est pas anodine.
Le livre de Jérémie est structuré en quatre grandes parties :
- de 1 à 24 → paroles et gestes de Jérémie à l'attention de Juda
- chap 25 → résumé du début et introduction pour la suite.
- de 26 à 45 → oracles de salut et récits sur le ministère de Jérémie
- de 46 à 51 → oracles contre les nations
- chap 52 → annexe historique sur la chute de
Jérusalem empruntée à 2Rois 24-25
Il est intéressant de noter deux choses importantes :
- les écrits qui sont dans ce livre ne sont pas classés chronologiquement, mais plutôt par thèmes. C'est comme si des unités indépendantes avaient été collectionnées puis mises ensemble. Par
exemple, Jérémie 36 parle du roi Joyaqim qui brûle le rouleau écrit par Baruch alors que Jérémie 34-35 parlent du siège de Jérusalem sous Sédécias alors même que Sédécias est postérieur à
Joyaqim.
- la structure telle que nous venons de la détailler n'est pas la même dans la version grecque des Septantes (abrégé par LXX - voir note 1). Cette version grecque a été traduite à partir d'un
texte vraisemblablement plus ancien que le texte hébraïque que nous avons (voir note 2). Or dans le texte des LXX, les oracles contre les nations des chapitres 46 à 51 sont au milieu : ils
s'insèrent après Jérémie 25,13a. La fin du chapitre 25 leur servant de conclusion.
Ces deux remarques qui semblent assez techniques ont pourtant un intérêt spirituel. En effet, si on examine la structure des autres livres des prophètes, on s'aperçoit que la structure de Jérémie de la version la plus ancienne (LXX) est la même que celle d'Esaïe, d'Ezekiel, et même que la structure du classement biblique des livres des 12 petits prophètes. A chaque fois on a grosso-modo le même schéma :
1ère partie : Jugement de Jérusalem, Juda-Israël
2ème partie : Jugement des nations étrangères
3ème partie : Oracles de Salut pour Jérusalem Juda-Israël (note 3)
Jérémie s'inscrit donc bel et bien dans la lignée des autres prophètes, aussi bien par sa vie (ce que nous vérifierons dans nos prochains articles), que par la structure de l'oeuvre écrite dont il est à l'origine. Cette structure a un but théologique : elle montre que Dieu, s'il émet des jugements, ne les émet pas pour le plaisir de condamner et détruire. Dieu n'est pas pervers ! S'il émet un jugement, c'est toujours après de longues explications et de nombreux avertissements et il a pour dessein d'enseigner, de réfuter, de redresser, d'éduquer bref, de former et de faire grandir son peuple. Et quand ce qui est prévu doit quand même s'accomplir, il y a toujours un espoir. Quelle que soit la situation, l'avenir, pour le croyant, est fait d'espérance. Ainsi la structure même de l'oeuvre prophétique, rien qu'à la « table des matières », nous fait contempler un Dieu qui ne punit pas, mais qui éduque, comme un père plein d'amour éduque ses enfants.
Au final, si Dieu est ainsi, nous pourrions bien l'imiter, avec nos enfants, et pourquoi pas dans nos relations les uns avec les autres, ce qui ferait de nous des frères, non seulement théoriquement (théologiquement), mais dans la réalité pratique.
Questions pour méditer :
- Est-ce que je comprends que la structure d'un livre biblique n'est pas due au hasard ?
- Est-ce que je suis conscient de ce qu'il est aussi important de connaître et comprendre la structure du livre que j'étudie que
les versets qu'il contient ?
- Quels principes relationnels peut on apprendre en étudiant simplement la structure des livres prophétiques ?
Notes
1- C'est la traduction en grec de la bible hébraïque, par des juifs d'Alexandrie du IIe siècle avant Jésus-Christ. Elle serait l'oeuvre de soixante dix sages, d'où son nom.
2- La version hébraïque de référence est le Texte Massorétique, c'est à dire un texte avec des voyelle (alors que le texte original n'en n'avait pas). Au IXe siècle, les Massorètes ont fixé les voyelles du texte afin de ne plus laisser de doutes quant à la lecture du texte. Pour en savoir plus, reportez-vous à l'article précédant.
3- voir par exemple : BAUKS Michaela (Ed.), NIHAN, Christophe (Ed.), Manuel d'exegese de l'Ancien Testament, Coll. Le monde de la Bible, Labor et Fides, Genève, 2008, p. 112