Catéchisme en ligne pour adultes
2ème partie : trois modes de lecture des OCN
Lire Jérémie 46,2-12
Faisons le tour des oracles tels qu'ils se présentent dans la Bible hébraïque :
Jérémie 46 : Oracles concernant l'Egypte
Jérémie 47 : Oracles concernant les Philistins
Jérémie 48 : Oracles concernant les Moabites
Jérémie 49,1-6 : Oracles concernant les Ammonites
Jérémie 49,7-22 : Oracles concernant les Edomites
Jérémie 49,23-27 : Oracles concernant Damas (la Syrie)
Jérémie 49,28-33 : Oracles concernant Qédar (les peuples Arabes)
Jérémie 49,34-39 : Oracles concernant Elam (dont la capitale est Suse)
Jérémie 50 et 51 : Oracles concernant Babylone et les conséquences pour Israël
Nous avons vu que les OCN s'adressent aux nations étrangères à Juda et Israël. Mais on peut se demander pourquoi Dieu ne se contente-t-il pas de parler à ceux qui sont récipiendaires de sa révélation et de sa loi, et donc pourquoi il veut parler aux autres nations qui suivent d'autres dieux et ont d'autres traditions ? Certes il ne se prive pas de parler à Israël et Juda. Mais pour les prophètes, plus encore que pour les prêtres (note 1), l'autorité de Dieu s'étend à toutes les nations de tous les temps et quels que soient leurs traditions, même si elle ne s'exerce pas de la même manière pour les peuples alentours que pour les israélites. Ainsi pour comprendre les OCN une triple lecture est nécessaire (note 2) : géographique, historique, religieuse.
- lecture géographique : en considérant les nations ou villes en causes et en les plaçant sur une carte, on s’aperçoit que les grandes nations du temps de Jérémie ouvrent (Egypte) et ferment (Babylone) la collection d'Oracles. Au milieu de cette inclusion se trouvent les autres nations. Leur présence dans les OCN n'est pas innocente. Les philistins dont le territoire fait partie de la terre promise. De même qu'Edom qui occupait le sud de Juda parce qu'ils avaient été chassé de chez eux par Qédar, nation probablement arabe, elle-même incluse dans le jugement de Dieu (49,28). Quant à Elam, situé à l'Est de la Babylonie, c'est à dire très très loin de Jérusalem, il est cité pour montrer que Dieu agit sur le monde entier.
-lecture historique : Il y a deux oracles contre l'Egypte. Le premier (46,2-12) dénonce l'orgueil de l'Egypte qui se croit invincible et qui veut conquérir le monde. Cet orgueil s'est manifesté à Karkémich en 605 où les égyptiens ont voulu empêcher Nabuchodonosor de conquérir l'Assyrie. Mais cela n'a pas fonctionné, car Yahwhé ne l'a pas voulu (46,10). Le second oracle contre l'Egypte (46,13-28) montre que l'Egypte qui se voulait conquérante est vouée à subir les assauts de plus forts qu'elle. C'est ce qui se passera lorsque les rois Babyloniens assiègerons l'Egypte. Celle-ci certes ne capitulera pas, mais « L’Egypte, la belle, est honteuse, elle est livrée au peuple du nord » (46,24) ; où est son éclat ? demande le prophète. D'autant que ses alliés Philistins ont été envahis par les babyloniens (47,1-7). Par manque de place, nous ne détaillerons pas tous les OCN dans leur perspectives historiques, mais on le comprend : à travers les OCN, le prophète offre une lecture théologique de l'histoire en utilisant l'allégorie (ce qui rend les correspondances de date difficiles) pour dire que Yahwhé contrôle le destin de l'Humanité tout en préservant sa liberté.
-Lecture religieuse : qu'est-ce que les OCN reprochent aux nations ? telle est la question qui peut guider notre lecture. Nous l'avons vu, l'orgueil de l'Egypte (46,5) ou de Moab (48,14) est raillé. L'usurpation de territoires par Ammon au dépend d'Israël est dénoncé (49,1). L'arrogance de Babylone (51,53) devra faire face à Dieu (50,31) qui lui avait donné une mission (25,9), mais qui l'a outrepassée (25,11-14 et 51,24.34-35). Mais surtout, c'est la confiance que ces nations mettent en leurs dieux qui est désapprouvée. Les dieux qui ne sauvent pas sont critiqués : Kemosh (dieu des Moabites) et Milkom (dieu des Ammonites) partiront en exil (48,7 ; 49,3). Le taureau sacré de Memphis (Egypte) qui s'appelait Apis, ne peut résister à la bousculade de Yahwhé. Bel et Mardouk (dieux babyloniens) sont anéantis (50,2).
Mardouk
Avec ces quelques clés, les OCN deviennent plus faciles (ou moins difficiles) d'accès, et nous pouvons toucher du doigt leur importance pour notre connaissance de Dieu.
Question pour méditer :
- relire un des oracles trois fois : la première fois en pensant à l'emplacement de la nation concernée sur une carte, la deuxième fois en réfléchissant (note 3) aux circonstances historiques (si besoin revoir les articles 9 et 10), la troisième fois en pensant aux argument théologiques du prophète.
notes
1 - Même si cet aspect n'est pas absent des écrits sacerdotaux (cf par exemple l'alliance avec Noé), il est normal que les prêtres, auteurs d'une partie du Pentateuque (selon l'exégèse historico-critique – Moïse étant l'auteur de l'ensemble des cinq livres pour l'exégèse traditionaliste) et dont la première préoccupation est la pureté (cf Lévitique), se concentre sur ce qui se passe dans le pays, Jérusalem et le temple. Ezekiel qui est à la fois prêtre et prophète a la double préoccupation.
2 - cf BRIEND, Jacques, Cahier Evangile N°40, Le livre de Jérémie, Ed. du Cerf, Paris, 1982 (1), 2004 (2)
3 - Les bibles d'études offrent bien souvent des commentaires très utiles pour comprendre la portée historique de telle ou telle déclaration. Pour autant, l'important est de réfléchir sur ce que l'histoire nous dit à nous en tant qu'individu et en tant qu'église, pas juste de connaître l'histoire et son lien avec le texte. C'est la différence entre lire (même attentivement) et méditer un texte. Mais, vous l'aurez compris, méditer le texte sans le lire est inconcevable.