Catéchisme en ligne pour adultes
Offense et réconciliation (Matthieu 5.21-26)
Proverbe 16.32 Celui qui est lent à la colère vaut mieux qu'un héros, Et celui qui se domine (vaut mieux) que celui qui prend une ville.
Au delà des actions, Jésus s'attend à ce que nous veillions sur les motivations de notre cœur. Il va donc préciser sa pensée sur la mise en pratique de la loi et sur la justice par une série de « vous avez entendu que... moi je vous dis que... » qui expliquent comment faire pour dépasser le cadre légaliste, comment faire pour que notre justice soit supérieure à celle des pharisiens.
Il est fréquent d'entendre parmi les croyants des affirmations telles que « Il n'y a rien de plus important que d'adorer Dieu ». Jésus répond à cela que l'adoration sans unité ne sert à rien. Notre liturgie ou nos actions religieuses ne sont pas négligeables, mais elles sont secondaires par rapport à l'unité. La colère qu'on peut ressentir vis à vis d'un frère ou d'une sœur dans l'église sont à considérer comme... un meurtre. Il y a dans les conflits non résolus une porte ouverte pour l'adversaire (le satân) qui cherche à détruire l'unité de l'église. Si on met en pratique la parole de Jésus, les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre l'église (cf Matthieu 16.18 c'est-à-dire qu'il y aura plus de gens qui entreront que de gens qui sortiront).
Souvent on a tendance à lire les versets 23-24 à l'envers. Jésus veut qu'on se réconcilie et qu'on fasse le premier pas même si les problèmes relationnels qu'on a ne sont pas de notre faute ! Il est important de résoudre nos problèmes relationnels dans l'église avant que d'autres viennent y mettre leur nez (Matthieu 18.15-17). Et même avant que nous n'arrivions au jugement dernier auquel nous assisterons tous. Jésus ne veut pas qu'on fasse plus. Il veut qu'on fasse mieux. Notamment en matière relationnelle.
Notre amour pour Dieu doit se voir dans notre amour pour les frères (1Jean 4.21). Si chacun d'entre nous mettait en pratique ce seul verset de manière sérieuse, l'église serait plus forte ! Si tout le monde dans l'église avait l'attitude des béatitudes, des conflits qui passent devant les tribunaux chez les non-croyants seraient réglés en 5 minutes entre frères et sœurs. La maturité spirituelle c'est prendre des initiatives, surtout dans la résolution des conflits, qu'ils soient évidents ou non.
L'adultère et les pièges pour la foi (Matthieu 5.27-30)
L'adultère est le fruit de processus internes psychologiquement complexes en relation avec la sécurité émotionnelle (recherche de notre mère, s'assurer qu'on plaît) et avec notre capacité à bâtir des relations (notamment avec notre conjoint). Quand on se marie, on est appelé à quitter son père et sa mère et à s'attacher à sa femme (Genèse 2.24, Matthieu 19.5, Ephésiens 5.3). Ce processus doit se faire complètement, sinon il y a danger. Et pour ne pas revenir en arrière, ce qui serait régresser, il y a un combat contre la convoitise à mener. Si je me bats contre la convoitise, il sera plus facile de résister à la tentation de l'adultère. La convoitise pervertit les relations : elle est le fruit d'un manque de confiance en Dieu et d'un manque de confiance en soi. Et ultimement les autres ne peuvent plus nous faire confiance.
Jésus est radical pour notre bien. Il utilise une hyperbole très parlante. Mais bien sur ce qu'il veut, ce n'est pas crever nos yeux ou couper nos mains ! Il veut couper et briser mon cœur (Hébreux 4.12). La meilleure chose avant de se couper les mains ou s'arracher les yeux, c'est de se repentir ! Cette hyperbole montre combien Jésus est sérieux avec le péché, et celui-ci en particulier, car il est la conséquence de beaucoup d'autres (inquiétudes, égoïsme, matérialisme...). Elle montre aussi l'immense désir de Jésus de nous sauver ! Cependant il ne peut nous sauver que si nous voulons être sauvé. Car c'est l'amour du péché qui nous conduit en enfer.
Si Jésus est sérieux avec le péché, nous devons l'être aussi, et surtout avec notre péché ! (Matthieu
7.4)
Le divorce (Matthieu 5.31-32)
Le divorce et l'église, voilà un sujet de controverse aujourd'hui (1). C'était déjà un sujet de controverse à l'époque (2). Mais Jésus veut nous faire réfléchir sur la relation. Car selon Jésus, la loi de Moïse a permis le divorce à cause de la dureté du cœur (Matthieu 19.7-8). Au commencement, ce n'était pas la volonté de Dieu.
Il est absolument, extrêmement, totalement (j'insiste) important de ne pas prendre ce passage isolément de ce qui
précède. On l'a vu avec les béatitudes, Jésus veut la justice dans les relations. Or le sermon sur la montagne explique comment les mettre en pratique dans nos relations. De Matthieu 5.21 à 5.32
il y a une progression dans la gravité des problèmes dont parle Jésus : d'abord la colère puis le manque de pardon, puis l'adultère et enfin le divorce. Le divorce est donc l'aboutissement d'une
multitude de problèmes accumulés dans la relation avec notre conjoint, et notamment la non-mise en pratique des deux points précédents. Car le mariage est par essence une relation, mais une
relation particulière, dans laquelle il faut se considérer « une seule chair » (Matthieu 19.6 entre autres), ce qui n'est pas seulement physique mais aussi spirituel
(Ephésiens 5.21-33). Dans le mariage, Dieu unit deux êtres. Il déteste qu'on sépare ce qu'il a uni (Matthieu 19.6). Et cela est valable même pour les non
croyants (1Corinthiens 7.13-14). Il est rare, même chez les non croyants, qu'on parle de succès en parlant de divorce.
L'inconduite sexuelle (porneia en grec) n'est pas seulement de l'adultère (3). Il s'agit d'infidélité(s) répétée(s) ou de pratiques sexuelles contre nature (zoophilie, inceste...). Ce qui implique plutôt un dérèglement, et de fait, exclut l'adultère ! L'adultère seul et ponctuel n'est pas pour Jésus une cause de divorce (4). Pourtant, on ne peut pas prendre de position trop marquée et faire une règle sur le divorce dans l'église à partir de ce seul verset, car chaque cas est différent. Ce qui est certain, c'est que le divorce déplaît à Dieu, car il est de toute façon le résultat final d'une cascade de péchés.
Questions pour méditer et mettre en pratique :
- Suis-je prêt à entendre de Jésus des choses qui vont à l'encontre de ce que je pensais de la religion jusqu'à présent ? Il nous dit : « vous avez entendu que... moi je vous dis que... »
- Est-ce que je suis prêt à faire le premier pas dans une relation difficile, même si les problèmes ne viennent
pas de moi ?
- Est-ce que j'ai bien quitté mes parents (émotionnellement) quand je me suis marié ?
- Suis-je prêt à éviter (couper...) les situations où je pourrais être tenté de convoiter (être seul avec une autre femme, être seul à la maison devant mon ordinateur...) ?
- Est-ce que je considère le divorce comme une porte de sortie acceptable ?
- Si mon mariage va mal, est-ce que je discerne mes problèmes ou plutôt ceux de mon conjoint ?
- Y-a-t-il quelqu'un dans ma vie qui peut m'aider en cas de difficulté de couple ?
Notes
(2) C'est pourquoi nous y reviendrons dans d'autres articles (si Dieu le permet) afin de ne pas être trop long ici.
(1) On retrouve des débats sur le divorce entre les Hillelites (disciples de Hillel), pharisiens dont les conceptions vis à vis de la loi étaient relativement larges et libérales, et les Shamaïtes (disciples de Shamaï), pharisiens très stricts de la même époque. Les hillelites interprétaient Deutéronome 24.1 de manière très libérale. Ainsi « quelque chose d'inconvenant » pouvait être un repas brûlé ou l'apparition de rides sur le visage. Les shammaïtes au contraire restreignaient « quelque chose d'inconvenant » à l'adultère car le mot inconvenant en hébreux est de la même racine que le mot nudité. Nul doute que Jésus (et Matthieu l'évangéliste aussi) connaît ces débats quand il parle du divorce, surtout en Matthieu 19.
(3) On peut pardonner l'adultère quand on est spirituel. C'est d'ailleurs ce que Dieu fait quand le peuple se prostitue avec d'autres dieux (lire par exemple le livre d'Osée dans l'Ancien Testament). La fidélité dans le mariage est une façon d'imiter Dieu. Une des manières qu'Il utilise pour nous transformer (Romains 12.2).
(4) Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : l'adultère n'est pas une bonne chose !