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Catéchisme en ligne pour adultes

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Soumission (2ème partie) : soumission dans la vie en église

Nous nous sommes arrêté spécifiquement sur Ephésiens 5,21 et nous avons vu qu'il s'agit d'une exhortation visant d'abord la vie en famille. Ensuite nous avons examiné ce que l'épîtres de Jacques ou l'épitre aux Hébreux appellent soumission à Dieu. Maintenant, examinons, en rapport avec la question le concept de soumission dans la vie de l'église (note 1) à travers les écrits du Nouveau Testament en réalisant une étude de concordance (note 2) sur les passages bibliques portant sur ce sujet. Dans l'article suivant nous tenterons de faire la synthèse pour comprendre comment mettre en pratique la soumission dans l'église.


1Corinthiens 14,29-40 Paul aimait à donner à ses auditeurs de petits proverbes à mémoriser qu'il expliquait ensuite (cf Romains 12 et 13). C'est ce qu'il fait au verset 32 : « Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes ». Il donne ensuite une explication : cette soumission sert à l'ordre dans l'église car si tout le monde parle en même temps, c'est le désordre. Cet argument de l'ordre dans le culte est exprimé au verset 40 et possède deux composantes : la soumission des esprits des prophètes (qui doivent se maîtriser) et la soumission des paroles des femmes. Et cela, pour Paul, est valable « comme dans toutes les églises des saints ». C'est bien dans le cadre de la prophétie (dont le thème encadre celui de la soumission de la femme) que la femme doit se taire. Et si l'on relie ce passage avec le chapitre 11,2-16 on constate qu'il n'est pas interdit à la femme de parler ou de prophétiser, mais de soumettre cette prophétie à celle des hommes. Pour compléter ce propos voyons 1Timothée 2,8-15 qui parle aussi de soumission des femmes dans le culte.

1Timothée 2,8-15 Au verset 8 les hommes sont appelés à la prière à Jésus qui s'est donné en rançon ce qui doit les inciter à la paix entre eux. Le « de même » au verset 9 induit la même motivation pour l'exhortation qui suit. Les femmes doivent s'instruire, mais dans la soumission. Mais soumission à quoi ? ce n'est pas claire (même en étudiant le passage en grec) : à Jésus qui s'est donné en rançon ? aux hommes ? aux enseignants ? D'après les versets qui suivent et d'après ce que l'on connaît du contexte de la lettre à Timothée qui fut écrite dans une période ou des femmes avaient colporté de fausses doctrines dans l'église (note 3) d'Ephèse, le plus plausible, c'est que la soumission soit vis à vis des hommes de l'église.

Globalement l'auteur en introduisant une notion de différenciation théologique entre homme et femme rappelant Genèse 2 et 3, exhorte les femmes à s'occuper de leur famille et de l'Eglise alors que les hommes sont plutôt appelés à s'occuper de l'Eglise et de leur famille. La nuance est de taille. Mais si l'on veut concilier le reste de l'enseignement biblique avec cette parole, on doit dire que les femmes ne sont pas appelées à ne pas enseigner, mais à mettre leur famille en priorité, ce qui leur donne moins de liberté ou moins de temps pour le reste.

 

Colossiens 3,18-24 Il s'agit d'un code domestique (cf article sur Ephésiens 5,21) donnant les principes des relations femmes-maris enfants-pères esclaves-maîtres qu'on retrouve en Ephésiens 5. Il y a là une difficulté car on utilise souvent ce passage pour justifier d'une soumission de la femme chrétienne à son mari. Les uns ne veulent pas prendre ce passage comme un exhortation valable aujourd'hui. D'autre au contraire l'utilisent pour justifier une attitude qui n'est pas à la mode. Comment s'en sortir ?

D'un côté on ne peut pas négliger le caractère contextuel du passage. S'il avait vocation universelle, alors il justifierait aussi l'esclavage dont personne, même les plus fondamentalistes n'ose le remettre au goût du jour.

D'un autre côté il y a un principe théo-anthropologique fort dans l'analogie entre l'amour du Christ pour l'Eglise et l'amour du mari pour sa femme. Un principe universalisant qui donne à ce passage une couleur intemporelle. Ce développement sur l'amour du mari pour sa femme est en réalité une sorte de soumission. Car le mari est amené à avoir l'attitude du Christ qui « s'est vidé de lui-même » (Philippiens 2, version NBS) pour l'Eglise, qui a lavé les pieds de ses disciples... et qui est mort pour elle. Mais si l'on continue le raisonnement analogique avec Philippiens 2, l'Eglise se soumet au Christ, plie le genoux devant Lui parce qu'il a tout donné.

Ainsi selon nous, la soumission dans le mariage est en fait une soumission réciproque. Ce qui nous ramène à ce que nous disions de la relation d'amour avec Dieu à qui l'on se soumet pour être libre. Mais, et cela est primordial, la relation qui se crée n'implique évidemment pas que nous soyons dieux à la place de Dieu : chacun son rôle. Il en va de même dans le mariage chrétien qui est l'image de l'union entre Dieu et l'humain. On ne peut nier la différence entre homme et femme, et donc on ne peut nier qu'homme et femme aient des rôles différents tout en étant de dignité absolument équivalente (note 4).

Si l'Eglise se soumet au Christ parce que le Christ s'est donné, alors peut-on exiger qu'une femme se soumette à un mari qui n'assure pas ? C'est extrêmement difficile. Mais 1Pierre 3 nous apportera quelques éléments de réponse supplémentaires.

 

Tite 2,3-5 Les femmes mures doivent apprendre (enseigner) aux plus jeunes à se soumettre à leur mari – l'auteur de Tite en fait une condition de respect pour la parole de Dieu. Encore une fois, ce thème de la soumission entre dans un cadre plus large : Tite 2,9 parle de la soumission des esclaves à leurs maîtres ; Tite 3,1 parle d'être soumis aux autorités. Ces passages de Tite sur la soumission sont mis en perspective d'un développement sur la grâce qui enseigne (comme les femmes mures aux femmes plus jeunes, comme Tite aux jeunes de l'église) – il y a là un principe universalisant, c'est à dire valable en tout temps et en tout lieu. Ce passage est bien dans la continuité d'Ephésiens ou de Colossiens.

 

1Pierre 3,1-6 Ici encore le passage commence par « de même », ce qui indique le lien avec ce qui précède. Or le passage qui précède parle des serviteurs qui doivent se soumettre à leurs maîtres même si ceux-ci sont « difficiles ». Pour les femmes, « de même », il s'agit de se soumettre à son mari même si celui-ci « n'obéit pas à la parole » et est donc possiblement « difficile ». Le challenge est de taille, mais il se base sur les versets 2,19-25 qui explique que la gloire de Dieu se révèle en nous surtout lorsqu'on supporte une situation difficilement supportable, comme le Christ nous en a montré l'exemple. La référence à Sarah, femme qui fut l'instrument de l'impossible devenu possible, sert à l'auteur pour donner espoir à ses auditrices.
Le mari, s'il est chrétien est appelé à accorder la « timè » c'est à dire l'honneur, le respect, à sa femme qui a devant Dieu, et cela est révolutionnaire pour l'époque, la même valeur (co-héritière) que lui-même. Mais la « timè », qui veut encore dire valeur, prix, que doit accorder le mari à sa femme, est aussi liée à un principe anthropologique : c'est dans la nature de la femme d'être plus faible ou plus délicate que l'homme. Ainsi la femme a de la valeur parce qu'elle est faible, ce qui renvoie à 2Corinthiens 12,6-10 ou Galates 6,14 ou encore 1Corinthiens 1,25-29. Toutes ces écritures, et l'on peut même dire toute l'histoire de l'Ecriture sainte, nous disent que Dieu se glorifie dans ce qui est faible, c'est à dire humble, car le christianisme renverse les raisonnements humains naturels (2Corinthiens 10,5). La femme est donc pour son mari comme un objet précieux qu'il ne faudrait pas laisser tomber au risque de le casser.

 

2Corinthiens 9,13 Ici on aborde à propos de la soumission, une notion plus générale : la soumission à l'Evangile (le passage se place dans le contexte de la solidarité entre églises). Il s'agit d'une valeur chrétienne au sens fort : ici Evangile est synonyme d' « amour qui imite le Christ ». Ainsi ici se soumettre au besoin des autres (ici précisément, il s'agit d'aider une autre église en détresse) c'est se soumettre à l'Evangile (cf Matthieu 25 ou Jacques 1,27).

 

1Timothée 3,4 explique que les épiscopes (évêques, surveillants) doivent « tenir leurs enfants dans la soumission avec pleine dignité ». Mais les enfants doivent de toute façon se soumettre à leurs parents (Ephésiens 6,1). Les épiscopes sont donc appelés à être des exemples de mise en pratique pour toute la communauté. Car nous l'avons vu, la soumission des enfants à leurs parents est déjà évoquée dans les codes domestiques de Colossiens 3 et d'Ephésiens 5 et 6.

 

1Pierre 5,5 « jeunes gens, soyez soumis aux anciens... ». Il n'est pas clair dans ce passage si le mot « ancien » fait référence à une fonction comme semble l'indiquer le verset 2 ou s'il s'agit plutôt d'une catégorie d'âge comme le montre le mot grec « neôteroi » qui est un comparatif (note 5) qui veut dire « les plus jeunes » (mais le mot anciens « presbuteroi » est aussi un comparatif). Quoi qu'il en soit, on constate une exhortation à la soumission des moins expérimentés aux plus expérimentés.

Il est intéressant de constater que les « anciens » sont appelés à imiter l'amour du Christ dans leurs relations avec les plus jeunes : un amour volontaire, sans contrainte, et dont l'autorité vient de l'exemple et de l'expérience et non d'une position. Comme dans le passage ou le mari est appelé à aimer sa femme, pour l'aider à se soumettre à lui, les anciens sont appelés à aimer les plus jeunes dans l'église pour les aider à se soumettre sans qu'un rapport de force ne soit nécessaire. Ceci est appuyé par le « de même » au début du verset 5.

Dans la relation homme femme en Ephésiens 5 il était question d'amour, ici il est question d'humilité.

 

Enfin lisons un passage qui ne contient pas le mot « soumission » mais qui en contient l'essence :

Philippiens 2,1-13 est un appel à l'unité par l'humilité et non par l'intérêt. Les intérêts changent, l'humilité demeure.

L'humilité, il faut le savoir, était méprisée dans l'antiquité, et il est probable qu'elle le soit encore aujourd'hui au moins dans les faits si ce n'est plus dans le discours. En quoi consiste-t-elle ? littéralement à « considérer les autres comme étant au dessus de nous-même ». Si je considère volontairement les autres comme étant au dessus de moi, c'est que je me place en dessous d'eux. C'est à dire que je me sous-mets aux autres.

Mais alors, dois-je être soumis à tout le monde et tout le monde soit-il se soumettre à moi dans un élan réciproque ? Il s'agit en fait d'éliminer la rivalité et la vaine gloire résultant de l'égocentrisme dont Paul fait dans ce passage le contraire de l'humilité. Ainsi en pratique il s'agit de s’intéresser aux autres, à leurs besoins et à leurs opinions. Ce passage réponds bien à la question posée initialement : dans l'humilité je me soumets à celui qui a plus d'expertise et d'expérience que moi. Ce qui n'empêche pas que je puisse spirituellement corriger celui-ci.

Comme le Christ, en s'abaissant ("il s'est vidé" ! dit le verset 7) a manifesté son intérêt pour tous les hommes, nous devons, en nous abaissant, manifester notre amour aux autres. Comme le dit Jésus lui-même « quiconque veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous sera l’esclave de tous » (Marc 10,32-45).

 


Notes

1 Ce qui exclue des passages comme Romains 13,1-7 ou 1Pierre 2,13.18 par exemple qui nécessiterai d'ailleurs au moins un article complet pour les commenter.
2 Passages explicites contenant le verbe soumettre ou le mot soumission : ὑποτασσώ (actif) je soumets ; ὑποτασσόμαι (moyen) je me soumets, (passif) je suis soumis ; ἡ ὑποταγή, ῆς la soumission
3 cf Le Nouveau Testament commenté, ouvrage collectif sous la direction de Marguerat, Daniel et Focant, Camille, Bayard / Labor et Fides, Genève, 2012 p.959-960
4 Pourtant, si l'on met en parallèle les couples enfants/parents, maître/esclave, avec le couple mari/femme est-ce que cela n'implique pas que la femme est moins élevée que le mari ? On peut sans hésiter répondre que non : si Paul prend soin de décrire l'amour du mari pour sa femme, c'est bien pour différencier le couple homme/femme des autres couples dans lequel s'exerce une soumission.
5 en grec « -teroi » = «plus que » (au nominatif pluriel).
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